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À la rencontre de Lina Bellard

La harpiste et chanteuse a des choses à dire. Avant de l’écouter et de la découvrir sous le regard de Vincent Moon samedi 12 décembre à 21h, nous avons posé 5 questions à Lina Bellard.

Pour commencer, une question que l’on pose à chaque artiste de NoBorder embarqué : quel est ton rapport aux musiques populaires ?

Mon apprentissage vient clairement de là, j’ai appris la harpe dite « celtique » avec une enseignante qui me transmettait entièrement à l’oral un répertoire de tradition orale. Je n’ai aucun lien avec l’écrit, j’ai toujours été très réticente avec ça, même après toutes les formations que j’ai faites, après mon parcours, c’est toujours quelque chose que je n’utilise absolument pas. Je trouve que le côté simple des mélodies populaires met vraiment en valeur quelque chose d’essentiel dans les rapports entre les degrés musicaux, c’est pour ça que je suis fan de musique modale. C’est ce qui me fait le plus vibrer aujourd’hui. Je trouve ça hyper fort d’arriver à transmettre une émotion musicale avec si peu de notes. C’est quelque chose qui me touche énormément.
J’ai longtemps chanté du traditionnel, car je ne dissociais pas les textes de la musique. J’ai toujours choisi un répertoire pour sa mélodie, sans faire trop attention aux paroles. Depuis quelques années ça commence à me poser un souci car beaucoup de textes traditionnels portent des messages que je ne partage pas. Mon envie aujourd’hui, c’est d’être dans de la composition mélodique et textuelle pour porter un message qui me tient à cœur, mais en la pensant dans la lignée des musiques populaires.
Mon disque intègre des compositions faites il y a plus de 10 ans, il y en a d’ailleurs une dont je n’assume plus vraiment le texte, Gapihan vana. Ça raconte l’histoire d’une femme qui attend gentiment au couvent parce que son mari est parti en mer. Elle met sa vie entre parenthèse pendant que lui vit la sienne. Je continue à la chanter parce que c’est une mélodie que je trouve très belle, mais aujourd’hui je ne choisirais plus ce genre de texte. Sur l’album il y a aussi une chanson que j’ai entièrement écrite qui s’appelle Manolo, et c’est ce vers quoi j’ai envie d’aller aujourd’hui, sans renier complètement le traditionnel.
Avec Barba Loutig on est en train d’enregistrer un disque, et la semaine dernière on a relu un des textes, et trouvé qu’il y avait des sous-entendus limite pédophiles, comme quoi il fallait mieux que les hommes choisissent des jeunes filles bien fraîches, plutôt que des femmes trop vieilles et laides, en gros… On s’est dit que ça n’était pas possible et on a réécrit le couplet. C’est quelque chose que je n’aurais jamais osé faire il y a 10 ans, parce que pour moi la tradition, on n’y touchait pas.
Aujourd’hui dans mon répertoire j’envisage de modifier les textes, soit en changeant les mots, soit en ajoutant un couplet pour renverser l’opinion ou pour donner une parole différente.

Pourquoi tu as commencé à faire de la harpe ?

Je n’en ai aucune idée, j’ai toujours voulu en faire. Je pense que si j’ai choisi cet instrument c’est clairement parce que j’ai été influencée par des images de dessins animés de princesses qui jouent de la harpe. Si aujourd’hui je devais choisir un instrument, je ne choisirais pas la harpe. Ça n’est pas pour ça que je renie mon instrument, c’est une extension de moi, c’est mon outil d’expression. Je ne cherche pas à démontrer quelques chose, je m’exprime avec l’outil que je maîtrise. Ça me permet aujourd’hui d’aller dans une démarche qui m’intéresse, à savoir comment ne pas faire de la harpe avec une harpe. Comment aller vers les instruments que j’aurais choisi aujourd’hui, qui sont des instruments à cordes pincées avec plus de dynamique, tel que le oud, le bouzouk ou le saz. De part sa lutherie, la harpe a un son qui n’a pas une résonance extrême, qui est assez lisse. Cet instrument a été lissé. Historiquement, il était plus puissant en terme de volume sonore, notamment au Moyen-Âge, il avait des harpions qui permettaient de faire saturer le son. Ils ont été supprimés. Est-ce que c’est en lien avec le fait qu’à la fin du Moyen-Âge, on a voulu que les femmes ne fassent pas de bruits, on peut se poser la question.
Le chant, c’est venu après parce que dans tout ce que j’avais envie de composer il y a avait une parole. J’ai toujours eu envie de penser mélodie, rythme et textes.

Pourquoi toutes les filles s’appellent Jeanne ?

C’est le titre d’un spectacle créé en 2016 dans lequel il y a beaucoup d’histoires qui pour moi ont un lien avec ma lignée maternelle, dans laquelle beaucoup de femmes s’appellent Jeanne. C’est un prénom qui est dans toutes les générations, j’aimais bien cette idée de permanence. Dans ce spectacle il y a beaucoup de samples de voix issus d’entretien, dont celle de Jeanne Maquignon. Son répertoire de chant du Pays de Redon a fait l’objet d’un disque de Dastum, mais ses entretiens n’avaient jamais été exploités alors que quand elle parle, c’est de la musique, c’est du chant.

Comment tu appréhendes le tournage à La Carène avec Vincent Moon et Priscilla Telmon ?

Ce que j’avais prévu sur le concert initialement prévu, c’était de restituer ce que j’ai fait sur mon disque, avec des choeurs de moi-même, des boucles de harpe, sur une esthétique acoustique, mais avec un peu de traitement et un peu d’archives. Hors, de mettre ça en œuvre nécessite une assistance technique qu’il n’était pas possible d’avoir dans les conditions du tournage. Si j’accepte de venir jouer en acoustique alors que ce n’est pas ce que j’ai envie de défendre en ce moment, c’est parce que Vincent Moon a un vrai regard artistique, il n’est pas dans de la captation pure. J’ai énormément de mal à accepter les propositions de concerts retransmis sur internet. Je ne les regarde pas, je ne vais pas m’y mettre maintenant. Je suis très réticente aux alternatives numériques mais j’adore regarder des clips, qui sont pensés de la même manière qu’un disque. Sur un disque, on ne fait pas la même chose que ce qu’on fait sur scène. Ça me fait plaisir de jouer le jeu pour quelque chose qui est pensé comme une forme artistique à part entière, et ça me fait plaisir de faire confiance à la personne en face.

Peux-tu nous partager 5 morceaux qui te sont chers ?

Joanna Newsom – Have One On Me 81
Oneira – Si La Mar – Mynisé Mou 
Erik Marchand & Thierry Robin – An Henchou Treuz – Chant du Centre-Bretagne – Son ar vot
Danyel Waro – Tinn ToutDédé

Sherya Ghosal – Devdas (BO) – Silsila Ye Chahat Ka

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