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À la rencontre de Sylvain GirO

Sylvain GirO sort les griffes, accompagné d’un chœur de première classe et de l’explorateur sonore François Robin. Assurément un grand moment de NoBorder embarqué

NoBorder étant le festival des musiques populaires du monde, on commence toutes par la même question pour tout le monde, quel est ton rapport à ces musiques ?

Je viens de ça, je viens du monde des musiques traditionnelles et populaires.
Ensuite j’ai toujours eu les oreilles grandes ouvertes sur des musiques populaires du monde, essentiellement européennes mais pas uniquement, d’Amérique et d’Afrique également .
C’est pourquoi dans mes années d’activisme culturel j’ai créé le Nouveau Pavillon, une salle de concerts de musiques trad’ actuelles, et le festival Eurofonik autours des musiques des mondes d’Europe.
Aujourd’hui ce sont des sources d’influences pour moi, sans forcément en avoir toujours complètement conscience. Elles sont là, mais je ne cherche pas forcément à les reproduire. Mais de toute façon pour moi, tenter de coller strictement à la tradition n’est pas très sain.

Le chant de la griffe, c’est quoi ?

Le chant évoque quelque chose d’un peu doux, qui fédère. Quand on entend le mot griffe, on sent que quelque chose va faire une brèche, une saignée. Ça n’est pas uniquement fédérateur. Chanter sur scène, c’est forcément rassembleur, mais il doit y avoir un coté subversif, sinon pour moi c’est vain.

Ce spectacle est la continuité d’un projet entamée sous le nom de Sylvain GirO, une expression très personnelle. Je cherche quelque chose qui me ressemble étroitement
Après les Affranchies, un spectacle autours de chansons épistolaire, de facture assez littéraire, centré sur le texte, ce spectacle est une aventure d’avantage musicale que littéraire, malgré la forte présence des textes, et plus collective aussi, axée sur la voix et le vocal.

L’idée du chant polyphonique m’est venu après la création de La rue des Lilas à l’occasion de la reformation de Katé-mé en 2016. C’est un chant pacifiste écrit après les attentats de 2015. Ce morceau a été filmé vite fait dans un centre culturel et la vidéo a eu un succès fou ! Ce chant est aujourd’hui repris par de nombreux chœur à travers l’Europe. C’est quasiment devenu de la musique populaire, alors qu’il n’a jamais été publié ni passé à la radio !
J’ai voulu travailler avec mon vieux compagnon de route François Robin (veuze, duduk) et nous avons réunis autour de nous quatre chanteurs et chanteuses, qui ne se connaissaient pas forcément, et qui n’avaient pas l’habitude de chanter en français. Ils et elles ont tout·e·s un timbre de voix particulier, et c’est pour ça que nous les avons choisi, afin d’avoir un chœur singulier.
Réunir des chanteurs et chanteuses, qui peuvent avoir un certain égo, (et je m’inclus dedans !) aurait pu être un pari risqué. Mais il s’est passé un petit miracle avec ces quatre-là qui ont fait régner une ambiance exceptionnelle. Ils se sont soutenus les uns les autres, car l’exercice de la polyphonie n’était pas évidente pour tout le monde au démarrage.
Ce chœur est construit un peu comme une mêlée de rugby : tout le monde se tient, et s’il y en a un qui tombe, tout le monde s’écroule. Chacun a un rôle à jouer. Parfois quand je les regarde, je suis presque envieux de ne pas en faire partie !
Si je suis très heureux du rendu artistique, je crois que ce qui me rend plus heureux encore avec ce spectacle, c’est cette aventure humaine.

Quels sont les thèmes que l’on retrouve dans ces chants ?

On y retrouve les thèmes qui me sont chers : l’enfance, l’amour, et les mouvements sociaux. J’essaye de décrire le monde tel que je le vois.
En 2018, je sortais d’années de combats à Notre Dame Des Landes où j’avais pris des coups, et avant ça avec Katé-Mé on jouait déjà des chansons politiques. J’avais envie de faire des chansons plus apaisées. La dimension spirituelle est là, mais j’ai été rattrapé par ce que je voyais de ma fenêtre.

Qu’est ce qui t’a poussé à monter sur une scène la première fois, et qu’est ce qui t’y pousse encore ?

Ce qui est important pour moi c’est de chanter, d’avantage que de monter sur une scène. Le chant fait parti de moi, c’est vital pour moi de chanter.
Ensuite, le fait de s’exprimer aux autres passe par la scène, le disque,… Mais pour moi c’est la même chose de chanter devant 30 personnes dans un appartement ou devant 4 000 à Yaouank, c’est le même engagement. Et c’est un peu comme une drogue. Quand ça fait longtemps que je ne suis pas monté sur scène je suis bien chiant ! Là ça va encore, j’ai eu la chance de faire une représentation pour les professionnels en novembre, et une avant première juste avant le confinement, je suis moins malheureux que d’autres.

Comment tu envisages le tournage à Brest avec Vincent Moon et Priscilla Telmon ?

Je suis très content de venir même si j’aurais adoré jouer devant des gens. Je sais que pour vous aussi ! Cette période est également très dure pour les activistes culturels qui doivent tout annuler.

J’avais déjà vu des Concerts à emporter de la Blogothèque en ignorant totalement qu’il était derrière la caméra, et quand Tangui (Le Cras, co-programmateur de NoBorder, [N.D.R]) m’en a parlé, j’ai regardé ce qu’il faisait, et c’est complètement dingue ! On est tous hyper contents parce que en ce moment avec le confinement tout le monde fait des vidéos, mais voir un écran découpé en quatre avec un artistes dans chaque coin, ça raconte pas grand chose. Je cherchais un point de vue de réalisateur et là c’est vraiment ça, ça va être des films musicaux plus que des clips. On a hâte !

Peux-tu nous partager 5 morceaux qui te sont chers ?

François Robin et Mathias Delplanque – L’ombre de la bête

L’ombre de la bête de François Robin et Mathias Delplanque. Sans doute une des créations actuelles issues du trad’ les plus novatrices de ces dernières années.

Ma Petite – Cher amant tu m’abandonnes

Le moulin des roses du groupe poitevin « Ma Petite ». J’ai eu la chance de les accompagner en regard extérieur scénique en novembre dernier au Nouveau Pavillon. C’est magnifique, du chant trad’ francophone entre Radiohead et de la musique de chambre, avec un ensemble de cuivres somptueux.

Camille – Je ne mâche pas mes mots

J’aime beaucoup Camille. Des textes malins très bien écrits, une musique très vocale, une personnalité très singulière, des influences trad’… 

Warsaw Village Band – Hola Byski, Hola

Le Warsaw village band est un groupe polonais que j’adore. Les héritiers des mythiques « Hedningarna » !

The Beatles – Don’t Let Me Down

Bon et puis pour finir un truc un peu archéologique. Je suis passionné par les Beatles depuis très longtemps. J’adore en particulier leurs harmonies vocales.

Si tout va bien, vous pourrez retrouver Sylvain GirO et le chant de la griffe pour la sortie de création le 12 janvier 2021 à la salle Paul Fort à Nantes, programmé par La Bouche d’Air et le Nouveau Pavillon, le 15 à Rouans (44) à l’Espace culturel Cœur en scène, le 16 à Nort-sur-Erdre au Centre culturel Cap Nort, le 27 mai à Ancenis au Théâtre Quartier Libre, et le 28 à Savenay au centre culturel Equinoxe. D’autres dates sont à venir pour cet été.

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