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À la rencontre de Bèrtran Ôbrée

Avant de découvrir ses morceaux samedi 12 décembre à 20h30 à NoBorder embarqué, nous avons posé quelques questions au chanteur, poète et linguiste Bèrtran Ôbrée.

Pour commencer, une question que l’on pose à chaque artiste de NoBorder embarqué : quel est ton rapport aux musiques populaires ?

Mes premiers pas dans la musique se sont faits en apprenant le répertoire traditionnel du Pays gallo, plutôt des complaintes, en français. J’ai suivi des cours de chant proposés par Dastum auprès de Érik Marchand, Catherine Aubert, Gilbert Bourdin et Christian Dautel, et dans les années 80 j’ai fait un peu de collectage. Voilà pour mes premiers contacts avec la musique populaire locale.
Je me suis assez vite intéressé à différents types de musiques, mais surtout à celles d’Afrique du Nord et du Sud de l’Espagne et notamment le Flamenco. J’ai fréquenté assidûment les Rencontres Internationales de la clarinette de Glomel, qui fait partie des lieux où j’ai pu découvrir d’autres traditions musicales.

Sur cet album, Gherizon Papilhon, tu chantes en gallo. Ici à Brest on connaît assez mal cette langue, est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

C’est la langue traditionnelle de la Haute-Bretagne, de tout l’Est de la Bretagne, c’est-à-dire du Pays nantais au Pays de Saint-Brieuc, et du Pays de Fougères à la partie Est du Pays de Vannes. Elle date au moins de l’Armorique gallo-romaine, c’est-à-dire d’avant la formation du royaume breton, au tout début de l’ère chrétienne. Je précise ça, parce souvent, on pense qu’il s’agit d’une déformation du français, alors que le français, les gens d’ici comme ceux de partout en France, l’ont appris surtout au début du 20ème siècle. Nous sommes majoritairement francophones depuis les années 50 uniquement. C’était aussi bien la langue de mes grand-parents paternels à Rennes que celle de mes grands-parents maternels de Boistrudan, près de Janzé.

Quand j’ai voulu devenir chanteur professionnel, j’avais déjà travaillé dans le domaine du gallo, je contais en gallo. J’ai commencé à écrire de la poésie tout en apprenant le gallo auprès des anciens lorsque je les collectais. Cet univers n’avait pas grand-chose à voir avec mon univers familial, et écrire de la poésie me permettait de m’approprier cette langue à laquelle je ne comprenais presque rien au démarrage. Lorsque j’ai commencé à écrire des chansons, il était assez évident que cela allait être en gallo. J’ai écrit quelques chansons en français que l’on retrouve dans mes précédents albums, mais la majorité de mes chansons sont en gallo.

Le gallo, une langue locale, mais la musique elle, vient d’un peu plus loin.

J’ai à la fois voulu faire une musique proche de ce qui me suit depuis l’adolescence, et en même temps me confronter à des échelles que je ne maîtrisais pas jusqu’ici. Pour cet album, j’ai voulu aller vers des influences musicales que j’ai dans mon univers personnel depuis l’adolescence, comme les musiques du Maghreb. Ma découverte des musiques turques est un peu plus récente, et j’avais envie de travailler avec des musiciens qui étaient déjà en contact avec ces musiques. J’avais aussi envie d’explorer des échelles de notes et des modes que je n’ai pas l’habitude d’utiliser, découvrir de nouvelles façons de se balader dans la mélodie.

Cela a donc déterminé le choix d’instruments non tempérés. Ça m’a obligé à aller chercher des musiciens que je ne connaissais pas forcément au début, tout en gardant des fidèles compagnons comme Julien Stévenin à la contrebasse, qui avait déjà fait des collaborations autour des musiques de Turquie. Assez vite j’ai pensé à Fabien Gillé de Yildiz, pour sa connaissance du répertoire du Sud-Est méditerranéen, et aussi parce que la couleur du oud m’intéressait. J’avais envie de travailler avec le violoniste Youenn Rohaut que j’avais repéré dans la Kreiz Breizh Akademi #5, pour la couleur jazz de son travail. On a commencé à travailler à quatre, et puis on s’est dit qu’il nous fallait des percussions. Gaël Martineau s’est intégré assez naturellement au projet étant donné qu’il joue des tambours sur cadre. Cette équipe a vraiment construit les arrangements avec moi, voire les mélodies.

Comment envisages-tu le tournage à la Carène avec Vincent Moon ?

Hormis à travers mon site web et les réseaux sociaux que j’utilise pour l’aspect promotion de ma musique, je n’ai jamais vraiment investi le numérique pour sa diffusion. En réalisant mon premier clip pour le titre Pu Lein, j’ai découvert que l’aspect audiovisuel permet au public d’approcher mon travail de façon différente que sur scène ou avec le disque.
Je suis très curieux de cette collaboration avec Vincent Moon car cela m’intéresse d’apprendre à utiliser l’outil numérique pour la diffusion de la musique, et j’ai l’impression que c’est quelque chose que je vais avoir envie de développer dans les mois à venir, pour donner un nouvel éclairage à mon répertoire.

Peux-tu nous partager 5 morceaux qui te sont chers ?

Jacques Pellen – Breizh Positive – Ankouad a Garfen

Ce titre avec Érik Marchand est tiré d’un album live enregistré aux Tombées de la Nuit en 1999. Il me semble que j’étais dans le public. En tout cas j’ai écouté ce disque très souvent dans la période où je préparais moi-même mon tout premier album au sein d’Ôbrée Alie.

Camarón de la isla – Nana del caballo grande

J’ai toujours été impressionné par l’engagement physique des chanteuses et chanteurs de flamenco. J’ai aussi pas mal écouté ce morceau avec orchestre, dans un disque consacré à Camarón paru au Chant du monde.

Hawniyaz – Xidire Mîn

Ce chant en kurde zazaki est interprété par Aynur. Une mère y pleure son fils mobilisé pour la guerre. Ce morceau est extrait d’un album sorti en 2016 et qui figure parmi ceux qui m’ont le plus touché ces dernières années. C’est une musique qui prend le temps de respirer, sans peur des silences, des notes étirées.

Boclé Brothers – Le trouvère

À l’occasion du clip « Pu lein » sur lequel nous avons collaboré, Gildas Boclé m’a fait découvrir le disque « Rock the boat » dont est extrait ce morceau. J’aime beaucoup l’association des instruments qui fait ressortir des couleurs inattendues à mes oreilles. Un album que j’écoute régulièrement en ce moment.

Pablo Alborán – Hablemos de amor

Un clip extrait du nouvel album d’un chanteur phare de la pop hispanophone depuis quelques années. Pablo Alborán a grandi à Málaga en Andalousie et il reste très imprégné du flamenco. En plus de sa voix dont j’adore le timbre, c’est un artiste que je trouve très inspirant pour ses qualités humaines qui ressortent des interviews, telles que la générosité, la bienveillance et l’humilité. J’ai commencé à l’écouter lors d’un séjour mi-vacances, mi-travail à Lisbonne fin juillet 2018, à travers une vidéo du titre « Perdóname » en duo avec Carminho, une chanteuse de fado. Le 17 juin dernier, via Instagram, il a fait un coming out qui a eu un fort écho en Espagne et en Amérique du sud. J’aime particulièrement la playlist « acústico » de l’album « Prometo » publiée en novembre 2018. Comme nos tessitures sont très voisines, je m’exerce volontiers à ses textes, pour le plaisir. Les non-hispanophones peuvent aussi écouter sa « Deezer Session » qui contient des paroles en français. Son romantisme assumé y apparait clairement.

Si tout va bien, vous pourrez retrouver Bèrtran Ôbrée aux Vieilles Charrues, sur la scène du festival Interceltique de Lorient le 12 août 2021, et d’autres dates sont à venir pour l’été.

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