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À la rencontre de Faustine Audebert

Nous aurons le plaisir de t’accueillir avec ton projet Fæst, que tu as formé en duo avec Antonin Volson. Comment est-ce que tu abordes ce tournage à La Carène, à Brest, avec le réalisateur Vincent Moon ?

On a enfin choisi les trois morceaux que nous allons jouer. On utilise des boucles électro-acoustiques préenregistrées dans nos morceaux, ce qui pose une contrainte technique. Il y aura quand même un morceau totalement acoustique – chant, guitare et contrebasse. Moi j’ai très hâte parce que ça fait longtemps déjà que je voyais ses « Concerts à Emporter », de temps en temps je tombais sur ses vidéos avec des gens qui jouent dans la rue, dans la foule, et je trouvais ça très touchant, très réconfortant, sa façon de réaliser est bienveillante. Quand je vois ses vidéos, même quand les artistes sont en jogging, pas coiffés, pas maquillés, c’est beau. C’est vraiment beau. Donc j’ai hâte de tourner. En général, pour les vidéos, on soigne particulièrement l’apparence énormément, la lumière, etc., On va le faire quand même, hein ! (rires) Mais ça a quelque chose de superficiel, finalement. Quelle que soit la tête qu’on aura ce sera beau de nous voir jouer.
Vincent Moon a l’air d’avoir un œil bienveillant et d’aller chercher quelque chose de réel, de brut, et d’un peu sanguin. C’est plus que jamais ce dont on a besoin et envie en ce moment.

Antonin Volson et toi jouez en duo, mais vous avez enrichi les enregistrements de diverses boucles, quelle était l’idée derrière ces sons ?

Au début, je me suis posée la question de créer un trio. Mais en fait avec Antonin on recherchait un univers sonore bruitiste, et pas juste travailler avec un batteur qui plante des clous. L’idée, ce n’était pas de sampler un batteur, et hop, « ça nous coûtera moins cher ». Dans les boucles, on a enregistré des percussions, mais aussi des bruits de feuilles froissées, de papier froissé, d’une vis, d’un verre qui fait « cling », qu’on a évidemment traités avec toutes sortes d’effets. On voulait retranscrire quelque chose qui a un goût dans la bouche, une saveur, une couleur. Ça passe donc par ces pédaliers qu’Antonin déclenche. Il ne lance pas simplement les boucles, il leur applique des effets, les fait évoluer, les traite en direct. Ça lui permet de faire des choses différentes d’un concert à l’autre. On voulait garder quelque chose de vivant. Moi je ne suis pas emballée par les loop, il y a quelque chose de trop carré, il y a trop d’angles. Là on a réussi à créer quelque chose de vivant.

Dans Fæst, tu joues de la guitare, mais tu es originellement pianiste. La guitare c’est encore un peu nouveau pour toi, quand as-tu commencé ?

Je jouais de la sèche quand j’étais adolescente, beaucoup de folk, parce que j’adore cette musique, et je m’y suis remise il y a six ans, en autodidacte. L’idée ce n’était pas de refaire le parcours que j’avais fait au piano, avec le conservatoire, etc. Justement je trouvais intéressant de partir d’un instrument sur lequel tu n’as aucun réflexe. Sur le piano j’ai plein de réflexes dans la composition, dans l’arrangement. Ce n’est pas le cas avec la guitare. Des fois, il y a eu des arrangements que j’ai vraiment trouvé au pif ! Ou à force d’avoir bossé des chansons de tel ou tel artiste, tu as des automatismes sous les doigts. C’est chouette d’avoir quelque chose de l’ordre de l’intuitif avec la guitare. Mais c’est vrai que ça reste un challenge, même si j’essaie de jouer des choses qui sont à la hauteur de mon niveau, je peux sentir que j’ai un jeu un peu fragile sur scène. C’est pas forcément bon à dire ! Mais bon.

Changer d’instrument t’a permis de trouver de nouvelles idées dans ta composition ?

Oui complètement. Les grilles que j’ai trouvées, elles ne sont peut-être pas aussi complexes que celles que j’aurais trouvées au piano, mais elles sont différentes. Quand tu connais bien ton instrument, finalement, tu as toujours tendance à aller chercher quelque chose d’un peu technique, ou riche harmoniquement. C’est pas pour la flambe, mais tu as des réflexes. Avec la guitare, je n’avais plus mes habitudes d’arrangement, parce que je connais encore assez mal mon manche – même si je le connais de mieux en mieux, évidemment – donc j’y vais un peu au feeling.

Et puis il ne faut pas oublier qu’on chante des chansons. Le plus important, c’est la fille qui chante les chansons. Alors après, on peut flamber avec toutes les parties instrumentales si on veut, mais est-ce que ça sert la chanson ? Du coup c’est bien de revenir à des arrangements « pop », entre guillemets.

Est-ce que la guitare électrique, dans l’imaginaire qu’elle véhicule et le son amplifié, t’aide à rendre les textes plus actuels, et à leur donner un côté presque rock’n’roll ? Je pense notamment au riff de la chanson « Derrière chez nous ».

Les chansons sont très actuelles, elles parlent d’amour heureux, d’amour malheureux, elles parlent de liberté, de guerre, d’infanticide… On est en total raccord avec les questions d’IVG qui sont très présentes dans l’actualité. Toutes ces questions elles s’appliquent toujours au monde d’aujourd’hui. Que l’on soit dans une société paysanne ou dans la société industrielle et moderne, il y a des choses qui sont de l’ordre de l’humain, et que l’on ait des radios, des ordinateurs, ou pas, ça ne change pas énormément de choses.
La guitare, sur scène c’est très agréable. Au clavier, je suis face à un instrument lourd et immobile. Dans des projets précédents j’avais testé de jouer debout, pour essayer d’être un peu plus présente. Mais tu es quand même devant un instrument lourd, grand, gros. Alors qu’une guitare tu la prends dans tes bras comme un enfant, c’est léger, ça se tord. Je peux me déplacer, et jouer à la rockeuse ! On est sur des chansons de haute-Bretagne. Je ne vais pas mettre des robes à sequins et des talons aiguille, mais ça fait du bien de casser l’image de la chanteuse traditionnelle, avec les mains sur les hanches, qui chante a cappella. Traditionnellement, en Bretagne, les femmes ne jouaient pas du tout, d’aucun instrument. Donc en terme d’image, d’être une femme chanteuse, de jouer de la guitare et faire de la distorsion, forcément ça change l’image qu’on se fait de la chanteuse trad.

Oui, et même en dehors du trad, dans les musiques actuelles, on ne trouve pas tant de femmes guitaristes que ça. La guitare électrique est encore un instrument très genré, joué surtout par des hommes.

Oui tout à fait. Dans les musiques actuelles, c’est la merde ! J’ai été interviewée, comme Hélène Brunet, la guitariste, par une femme qui fait des recherches sur la place des femmes dans les musiques actuelles, et tu verrais les chiffres, c’est glaçant. Les femmes, dans la musique actuelle et la musique trad., sont cantonnées au chant. Il faut laisser la place aux filles et arrêter de nous prendre pour des moins que rien. Mais il y a aussi un problème d’éducation. Il faut qu’on encourage nos filles à essayer la trompette, le trombone, la batterie. Aujourd’hui ça reste totalement marginal de voir une fille qui fait un instrument sur scène.

Les textes de tes chansons sont issus du répertoire traditionnel de Haute-Bretagne, comment est-ce que tu les as sélectionnés, au coup de cœur, ou tu avais choisi un thème ?

Je chante ces chansons depuis 15 ans, et je ne les avais pas encore mises sur scène, dans aucun projet. Je suis aussi allée chercher sur Dastum, j’ai trouvé quelques perles au passage, comme Quasimodo, d’André Drumel, que j’aime beaucoup depuis toujours. Il y a la bague des tranchées que je croyais être un trad mais en fait il s’agit d’une chanson de Théodore Botrel. Donc il y a un mélange de textes que je chante depuis 15 ans et de chansons que j’ai apprises pour le projet.

Tu as appris et tu parles breton, mais dans Les Métamorphoses tu chantes en français, c’était important pour toi de mettre en valeur les textes en français ?

Oui, j’ai appris le breton, j’adore cette langue et le répertoire qui va avec. Mais concernant le français, c’est une catastrophe ! Sylvain GirO m’avait déjà appelée il y a 10 ans pour monter un répertoire en trio de chansons de Haute-Bretagne, après avoir fait le constat qu’il n’y a aucun groupe qui fait de la chanson de Haute-Bretagne, à part lui à l’époque avec La Dame Blanche, et quelques groupes. Mais 10 ans après, la situation n’a pas changé, contrairement à la Basse-Bretagne, qui marche très bien. Les gens ne sont as très à l’aise avec ce répertoire en français, avec le fait de comprendre les paroles. Pourtant les textes sont beaux. Si les gwerziou, qui ont tant de succès, étaient traduits en français, on se rendrait compte que le niveau littéraire n’est pas si sophistiqué ! Donc avec Fæst on pense à faire des traductions en français de gwerziou, pour que les gens remettent les choses à leur niveau. La moitié du répertoire de Bretagne, toute la Haute-Bretagne, qu’on entend très peu. J’ai l’impression que les gens sont juste intéressés par une idée mystico-celtique, exotique, du breton. En conséquence il y a tout un pan du répertoire qui est totalement délaissé.

Est-ce que tu as une préférence entre la scène et le travail de composition ou la phase d’enregistrement ?

Il y a de l’émulation dans chaque phase du travail. Le brainstorming, le travail de recherche, griffonner des notes dans un carnet, c’est déjà passionnant. Je suis retombée sur des carnets d’il y a 4 ans en préparation de Fæst, c’était rigolo de constater le chemin parcouru depuis. La phase de création, c’est la plus fatigante je dirais, parce que c’est long, tu as l’impression de perdre du temps, on déconstruit. Puis ça avance, tu as l’excitation de remettre un pied sur scène pour travailler, puis remettre un pied sur scène pour les concerts. A un moment donné, il faut juste jouer, avec les gens, avec les musiciens. C’est un travail déjà très solitaire, contrairement à l’image qu’on s’en fait souvent. On est seul, chez soi, à travailler. Donc la scène est un moment précieux.

Quels sont tes projets pour la suite ?

On est en train de réfléchir à composer, par exemple pourquoi pas travailler avec Cécile Even, programmatrice à Penn Ar Jazz, dont on adore les textes. J’adore son écriture, très sanguine, rock’n’roll. Il y a même de l’écriture automatique dans son travail. On lui a proposé, à partir de gwerz anciennes, traduites, pour éventuellement l’inspirer à écrire, en français.
Je pense notamment au travail de Kristen Noguès, qui a composé à partir de textes. J’ai envie de faire plus que d’arranger des airs. Je veux des textes qui me fassent frissonner. Je veux me sentir libre, et « pousser les bords » avec ce projet.

Peux-tu nous partager 5 morceaux qui t’ont marquée ?

Becca Stevens – Be still

J’aime beaucoup Becca Stevens, surtout ses arrangements un peu bizarres parfois. Si on a une oreille attentive, on reconnaitra certains de ses arrangements dans l’album Les Métamorphoses.

Joni MitchellA case of you
Kristen Noguès Hirnezh An Devezhioù
Robert Wyatt Stay tuned
Sèyfu Yohannès Mela Mela

Voici le film de Faest, réalisé à la Carène par Vincent Moon et Priscilla Telmon

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